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Le petit Jean errait dans une rue sombre. La portière de la voiture s’était refermée et, en un clignement de paupière, il s’était retrouvé seul.
Il était perdu dans une ville qu’il ne connaissait pas sans comprendre ce qu’il faisait là. Pourquoi, pourquoi, se demandait-il.
Plusieurs fois, il s’était rendu compte que son père avait déjà eu des réactions étranges à son égard. Par exemple, quand il lui parlait de Billy, l’homme qui restait derrière la porte et qui portait toujours un grand chapeau tout poussiéreux. Ou encore d’Yvonne, la jolie dame en robe blanche, qui déambulait derrière chez lui en se lamentant d’avoir perdu son époux. 
Étrangement, au lieu de rire ou de le rassurer, le père du petit garçon s’énervait et parfois même le punissait. Et cela, Jean ne le comprenait pas. 

Adossé contre le mur de la vieille église, Jean se laissa tomber par terre et posa le visage entre ses bras. Soudain, il se rendit compte d’une présence se détachant dans la nuit. Lorsqu’il releva la tête, il vit deux yeux qui le regardaient. Plutôt grand et très mince, c’était un homme dans la fleur de l’âge qui lui faisait face. Il portait un costume de soldat de la seconde guerre mondiale. 
"Qu’as-tu donc mon garçon ?
- Papa est parti et il m’a laissé tout seul. 
- Pas la peine de pleurer, mon petit gars. Tu vas te lever de là et faire ce que je te dis ! Suis-moi !"

Le garçon se leva et aperçut une petite fille d’environ son âge qui le fixait de ses grands yeux écarquillés, pleins de stupeur et de crainte mêlées. Il voulut s’en approcher, mais la petite fille se retourna vivement et s’enfuit sans demander son reste. Jean se retourna vers le soldat d’un air dépité. 
"C’est toujours pareil….
- Allez, fiston, je connais un endroit où tu te sentiras mieux.
- Où ça ?"

Trois quarts d’heures plus tard, ils arrivèrent aux abords de la ville, devant une petite chaumière chaleureuse entourée de verdure. 
"Tu vas rencontrer ma toute jeune fille. Elle vit seule et saura t’accueillir comme il faut. Dis-lui que tu viens de la part de son cher père, Guy Legrand." 
Jean hésita quelques instants et finit par toquer à la porte qui s’ouvrit sur une vieille dame aux cheveux blancs portant un grand peignoir par-dessus une chemise de nuit démodée. Le petit garçon, surpris, se retourna vers le soldat, mais celui-ci n’était plus là. 
"Que cherches-tu ?
- C’est Guy Legrand qui m’envoie. Votre papa, qu’il m’a dit."
La vieille dame lui sourit et le prit dans ses bras. L’enfant, surpris, se raidit à son contact. 
"Ne t’en fais pas tu n’es pas seul… dit la dame. On est plusieurs, comme toi."
Le petit garçon vit la photo du soldat posée sur la cheminée. En un éclair, il comprit : il n’était pas fou, il avait un don. Comme cette vieille femme qui l’avait si gentiment accueilli. Rassuré, il lui rendit son étreinte.

Écrit par Maureen et Anaïs